Sichuan – Nouvel Eldorado images>>>

5500m. La glace est dure. Mes crampons rebondissent, émoussés par trois semaines d’expé. Plus que quelques longueurs dans ces pentes à 65° et nous devrions atteindre le sommet du Siguniang Nord, 5700m, un sommet vierge !

Depuis 8 ans en Haute Savoie, le Comité Départemental du CAF sélectionne des jeunes de 16 à 26 ans pour constituer son groupe Espoir. Pendant deux années, les jeunes, encadrés par un guide de haute montagne, suivent des journées de formation, des stages (cascade, artif, terrain d'aventure, alpinisme, nivologie, ...) dans différents massifs. A la fin de la formation, ils organisent une expédition. Cette année, le projet retenu est le Siguniang, « la montagne des 4 filles », dans le Sichuan, en Chine. Une région encore méconnue des européens, présentant cependant un potentiel exceptionnel !

9 Octobre 2006, l’avion se pose enfin à Chengdu. Fini des contorsions. Dur de dormir en classe éco lorsqu’on fait 1,86m. Chengdu est le « modèle » de la ville chinoise moderne, polluée à souhait, grouillante, embouteillée, imbibée de culture occidentale, des Mac Donalds, KFC, Pizza Hut, des affiches pour L’Oréal, Cartier, Vuitton, Sony... Cela ne correspond pas vraiment à l’image que je me faisais d’un pays communiste ; les vestiges de la révolution culturelle semblent loin. Une grosse dizaine de millions d’habitants. La ville est en construction, des constructions aux dimensions chinoises : des lotissements de buildings de 40 étages fleurissent ici et là. Des voitures, des dizaines de Cayenne, des Touareg, les symboles du communisme nouveau ? la Chine se modernise vite, trop vite ? Les économistes ont calculé que si les 1,2 milliard de chinois avaient le même niveau d’équipement que les occidentaux, dans 20 ans il n’y aurait plus de pétrole sur terre…

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Chengdu – Rilong : Voyage vers le passé
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Huit heures de minibus et 220km de Chengdu : Rilong. La route est en construction depuis le classement du Siguniang au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les Cayennes ont disparu, laissant la place aux chevaux et aux Yaks. 4 heures de marche dans la Changping valley et nous installons notre camp de base vers 3500m. Un couple de tibétains vivent à coté, dans une cabane en bois. Pas d’eau courante, pas d’électricité, juste un poêle à bois pour cuisiner et se chauffer. Ils ont deux cochons et quelques yaks ; ils vendent des brochettes aux touristes chinois qui viennent explorer la vallée à cheval. L’homme est amputé d’une phalange au petit doigt. Il nous explique qu’un jour il a perdu beaucoup d’argent au jeu, alors pour se rappeler ce jour à jamais, il a posé son petit doigt sur une planche et avec un gros couteau il l’a coupé. Maile, notre traductrice, a toujours vécu à Beijing et Chengdu, c’est sa première visite à l’extérieur d’une grande ville. C’est extraordinaire de voir son bonheur lorsqu’elle découvre la ceinture de la voie lactée et les milliards d’étoiles. La barrière de pollution des villes chinoises ne laisse apercevoir que les plus brillantes planètes… Chengdu Rilong deux villes que 100 ans séparent dans une même Chine.

Les montagnes sont magnifiques : des pics du plus beau granite, lisse et compact : une vallée du Yosemite avec des sommets vierges entre 5000 et 6000m. Notre objectif est d’ouvrir une nouvelle ligne dans la face Sud du Siguniang. Sur photo, en France, nous avions repéré une goulotte magnifique : plus de mille mètres débouchant juste sous le sommet. Hélas, la goulotte est sèche : toute la partie supérieure est en rocher. Changement d’objectif. Une goulotte semble partir en ascendance à gauche. Nous l’empruntons en fixant les 500 premiers mètres ; au dessus, nous devrions rejoindre rapidement des pentes de neige et l’arête W, jamais gravie. La stratégie retenue est de partir léger, depuis un camp à 5000m, sans matériel de bivouac et en une grosse journée, d’atteindre le sommet. Départ vers 1 h du matin. Les conditions de neige ne sont pas faciles. La trace est vraiment pénible. A midi, nous avons rejoint l’arête W. Vers 15h nous sommes à 5950m. Une arête horizontale en rocher pas facile, recouverte de neige, mène sous le sérac sommital. Compact, impossible de protéger, certains sont explosés. Si quelqu’un tombe dans cette traversée, il se fera mal. Et redescendre avec un blessé est vraiment compliqué. Comme il faut qu’il fasse jour pour retrouver l’itinéraire de descente, si nous continuons, nous serons contraint de bivouaquer, sans matériel, vers 6000m. Je prend la décision de faire demi tour.

Retour au camp de base pour un nouvel objectif : le Siguniang North.
La face nord ouest du Siguniang est un exceptionnel big wall plusieurs km de large, 1 km de haut. Des goulottes exceptionnelles rayent ce mur lisse. Malheureusement, une barre de sérac expose toute une partie de la face.
C’est là qu’en 2002 Mick Fowler et Paul Ramsden ont gagné le piolet d’or en réussissant une très belle goulotte : « the inside line ». Sur la gauche de la face, le Siguniang nord est une pyramide de granite parfaite ; le couloir le séparant de la face NW semble pouvoir en autoriser l’accès.
Deux heure du matin, je sors de la tente. On est à 4500m. Le froid est vif. La météo parfaite. Nous remontons le glacier cherchant notre chemin à la lueur des frontales. La nuit noire semble absorber la lumière de nos lampes.
Le jour commence à poindre avec l’arrivée des premières difficultés. C’est souvent comme ça. Une dalle de granite recouverte par une fine couche de glace 5cm. La glace est bonne ; que du bonheur ! Nous grimpons mais nous ne pouvons pas nous protéger. Après une traversée en mixte sous une barre rocheuse, les pentes de neige glace se succèdent. Un petit mur vertical faisant office de rimaye permet d’accéder à la pente sommitale, raide, usant les mollets. Encore une arête de neige et nous atteignons le sommet : la joie est immense, être les premiers… En bas, nous apercevons les prairies de Mulozzi ; les chinois doivent nous voir. Nous ne savons pas si nous avons le droit ou pas de faire ce sommet ; nous verrons plus tard…

De retour à Rilong, nous empruntons la « Shuangqiao valley », vallée parallèle à celle où nous avions notre camp de base. Cette vallée est réputée pour ses cascades de glace ; il parait qu’on en trouverait plus de 50 d’une hauteur supérieure à 400m, la plupart proposant une sortie sur un sommet de 5000 mètres environ… Les lignes ne sont pas encore gelées mais la vallée réserve d’autres surprises. A moins d’une journée de marche de la route, on peut apercevoir plusieurs grands murs en granite, d’au moins 1000 mètres, raides, compacts : des objectifs majeurs ! De quoi motiver de nombreux séjours au pays des pandas.