Freestanding
Le
mot magique. Ephémère par excellence c’est l’étape
ultime de l’escalade sur glace. Il attire et il fait peur.
Il attire car il fait peur. Il peut tuer. Même en second.
Même au relais. Même si il n’est pas fissuré.
Et pourtant on y retourne et on en rêve. Suis-je plus fort
que les autres pour être sûr de ne pas y rester ? Non,
mais c’est un attracteur. Impossible d’y échapper.
Et lorsqu’il est formé les lignes de dry sont vites
abandonnées. L’escalade d’une colonne fragile
commence toujours par le doute. Lorsque l’on peut, on tourne
autour, on observe. On doute et on calcule. Est ce suffisamment
solide ? La glace sera telle suffisamment tendre et humide. Si jamais
on arrive dans du sec, la glace deviendra cassante et il faudra
descendre… On observe toute l’escalade à venir.
Tel un compétiteur de résine. Toute l’escalade
se programme. Mais en cas d’erreur les sanctions ne sont pas
les mêmes. La délicatesse de l’escalade est de
rigueur. On ne frappe ni les piolets ni les crampons, on effleure
la glace. Souvent vers le milieu, le freestanding se tasse poussant
un cri sourd et se fissurant. On retient alors son souffle et on
repart vite en essayant d’être toujours plus délicat.
L’arrivée à la jonction avec le rocher est un
point critique, souvent l’épaisseur de glace se réduit,
et l’on doit faire de grand mouvements pour atteindre très
haut un ancrage où la glace semble bien collée au
rocher. Une fois dompté, c’est l’apaisement,
la sérénité retrouvé pour un instant.
On reste sans rien faire, apaisé. Une longueur extrême
ne peut pas être faite deux fois, la motivation a disparue,
il n’y a plus d’enjeu suffisant et il faut trouver une
autre quête. Mais pas tout de suite…
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